Rapport conflictuel entre le théâtre contemporain et W. Benjamin

Alors !
Selon Walter Benjamin, une représentation médiocre de n’importe quelle pièce de théâtre sera bien meilleure qu’une excellente adaptation cinématographique. En cela, parce que le théâtre a une aura.

Et pourquoi le cinéma n’en aurait point ? Toujours selon Benjamin, pour qu’une œuvre ait une aura il faut qu’elle soit unique et authentique donc non reproductible. Ainsi le ici et maintenant de l’œuvre.

Alors, qu’est ce qui enlève son aura au cinéma ? Justement le fait qu’elle soit reproduite en série. L’œuvre n’est donc plus unique et le Hic et nunc n’y est plus puisque les acteurs ne se produisent pas dans le réel, par exemple, ou encore par le simple fait de pourvoir refaire la prise filmé si elle déplait au réalisateur.
La caméra devient alors l’outil de reproduction de masse mettant fin à l’aura de l’œuvre filmique dès l’enregistrement d’une quelconque scène.

Je prends ici un très gros raccourcie afin d’exposer les propos de Benjamin pour en venir à une problématique que je me suis posé :
Et si théâtre et caméra se conjuguait, qu’adviendra-t-il de l’aura qui résultera de l’œuvre créé ? Puisqu’aujourd’hui la photo et le cinéma sont eux aussi des œuvres d’art, je me suis demandée si les propos de Benjamin était encore d’actualité.

La réponse s’est présentée à moi sur un plateau d’argent avec la pièce de théâtre VILLES, collections particulières produit par le Théâtre de la Pire Espèce.

Dans cette pièce il y a une vingtaine de personnages. Pourtant il n’y a qu’un comédien. Les personnages sont des villes et c’est le comédien qui raconte l’histoire de ces villes en les manipulant. Il les crée à l’aide d’objets en tout genre que ce soit du sucre, une boule de discothèque ou encore des miroirs…
Cofondateur de la troupe, créateur et comédien de la pièce, Olivier Ducas, fait vivre de petites maquettes de villes, par association d’objets, qu’il personnifie via des prénoms de femmes. Il s’agit ici de maquettes assez petites, alors me direz-vous, comment peut-on les voir? Avec la magie des caméras ! Une caméra est attachée proche des maquettes pour filmer en direct le déploiement des villes. Cette même caméra, dirigée par Olivier Ducas, est connectée à un écran de manière à ce que le spectateur suive l’action.

Donc, nous voyons à la fois le comédien manipuler en direct son matériel et les images nous sont transmisses en même temps via ses caméras.
Ainsi nous voici dans une situation conflictuelle si nous suivons le point de vue de Walter Benjamin. La caméra, outil de reproduction de masse devient alors un outil créant l’aura. En effet, chaque représentation reste unique que ce soit par le lieu, le contexte, la diction du comédien ou encore du placage de la caméra (la valeur de plan). L’Aura est donc bien présente par l’unicité de chaque représentation.

L’œuvre VILLES, collections particulières nous offre donc une nouvelle utilisation de l’outil principal de l’art industriel. La caméra retrouve sa forme créatrice d’Aura. Cette forme pouvant être vu comme originel à l’outil car les premières bobines de film sont à la base unique avant d’être reproduite.

http://www.pire-espece.com/villes.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s